Travailler en vacances : pourquoi vous avez tout à gagner à vraiment déconnecter

Chaque été, les mêmes questions reviennent. Faut-il consulter ses e-mails pendant les vacances ? Répondre à quelques messages urgents ? Participer à un appel rapide pour « garder un œil » sur les dossiers en cours ou se déconnecter totalement ?

Pour la plupart d’entre nous, cette pratique semble raisonnable. Après tout, quelques minutes par jour paraissent inoffensives. Certain.e.s y voient même une façon de réduire le stress lié à la reprise. Pourtant, les recherches scientifiques montrent une réalité bien différente : travailler pendant les vacances compromet fortement les bénéfices du repos et peut contribuer à l’épuisement professionnel sur le long terme.

Dans un contexte où la prévention du burnout, la santé mentale et la performance durable sont devenues des enjeux majeurs, la capacité à se déconnecter n’est plus un simple confort. C’est une compétence managériale essentielle.

La déconnexion : une condition de la récupération

Les vacances ont un objectif bien plus profond qu’une simple absence du lieu de travail. Elles permettent au cerveau et à l’organisme de récupérer des efforts cognitifs, émotionnels et relationnels accumulés tout au long de l’année.

Or, cette récupération ne se produit pleinement que lorsque la personne se détache psychologiquement de son travail.

Une étude menée par Flaxman et ses collègues en 2022 montre que les personnes qui déconnectent réellement pendant leurs congés constatent une baisse significative de leur humeur anxieuse (-23 %), de leur épuisement (-21 %) et de leur humeur dépressive (-7 %).

Ces résultats illustrent un point fondamental : le repos n’est pas seulement une question de temps libre. Il dépend aussi de notre capacité à interrompre les sollicitations professionnelles et les préoccupations liées au travail.

À l’inverse, consulter régulièrement ses e-mails, répondre à des demandes ou avancer sur certains dossiers maintient le cerveau dans un mode d’activation professionnelle. Même si le volume de travail est faible, le mécanisme de récupération est perturbé.

Le piège du « juste quelques e-mails »

Beaucoup de managers justifient leur connexion pendant les vacances par un argument fréquent : éviter d’être submergé.e.s à leur retour.

Cette logique semble rassurante à court terme. Pourtant, les recherches indiquent qu’elle peut produire l’effet inverse.

L’étude de Flaxman et al. montre que la réalisation de tâches professionnelles pendant les congés bloque pratiquement le processus de récupération de l’épuisement émotionnel. Les personnes concernées restent dans un état de vigilance et de mobilisation mentale qui empêche la recharge complète de leurs ressources psychologiques.

En d’autres termes, travailler un peu pendant les vacances peut réduire momentanément l’anxiété liée au retour, mais entretient un niveau d’épuisement chronique qui favorise le risque de burnout.

Le problème n’est donc pas seulement le temps consacré au travail. C’est surtout l’impossibilité pour l’esprit de se mettre réellement en pause.

Pourquoi le cerveau a besoin d’une véritable coupure ?

Les travaux de Bloom (2011) apportent un éclairage complémentaire. Selon cette étude, l’augmentation du bien-être et des émotions positives pendant les vacances dépend directement du niveau de détachement psychologique vis-à-vis du travail.

Lorsque les salariés continuent à traiter des sujets professionnels pendant leurs congés, les bénéfices observés sont nettement réduits.

L’étude souligne également que le manque de relaxation empêche le cerveau de réinitialiser correctement certains mécanismes physiologiques liés au stress, notamment les niveaux de cortisol. Résultat : la fatigue mentale persiste et le retour au travail s’effectue avec des réserves d’énergie déjà diminuées.

Pour les managers, cette réalité est particulièrement importante. Les responsabilités de pilotage, de décision et de gestion des équipes exigent des ressources cognitives et émotionnelles élevées. Sans récupération suffisante, la qualité des décisions, la créativité, la capacité d’écoute et la gestion des tensions peuvent rapidement se dégrader.

Votre rôle ? Être exemplaire !

La question de la déconnexion ne concerne pas uniquement le bien-être individuel du manager. Elle a également un impact direct sur la culture de l’équipe.

Les collaborateurs.trices observent les comportements de leurs responsables bien plus qu’ils n’écoutent leurs discours.

Un manager qui envoie des e-mails depuis la plage, répond à toute heure ou participe à des réunions pendant ses congés transmet implicitement un message : rester connecté.e est la norme.

Même lorsque ce comportement n’est jamais exigé explicitement, les équipes peuvent ressentir une pression implicite à faire de même.

À l’inverse, un manager qui prépare son absence, délègue clairement ses responsabilités, active un message d’absence et respecte sa propre déconnexion envoie un signal puissant : le repos est légitime et fait partie intégrante de la performance durable.

Cette exemplarité contribue à créer un environnement de travail plus sain, où chacun peut récupérer sans culpabilité.

Cinq pratiques concrètes pour mieux déconnecter

La déconnexion ne s’improvise pas. Elle se prépare.

Voici quelques pratiques simples que vous pouvez mettre en place avant vos congés :

1. Anticiper les sujets sensibles

Quelques jours avant le départ, identifiez les dossiers critiques et définissez clairement les modalités de gestion en votre absence.

2. Déléguer avec confiance

Précisez les responsabilités temporaires de chacun.e et donnez à vos collaborateurs.trices la marge de manœuvre nécessaire pour prendre des décisions.

3. Définir ce qui constitue une véritable urgence

Toutes les demandes ne nécessitent pas une intervention immédiate. Clarifiez les situations qui justifieraient réellement un contact pendant vos congés.

4. Supprimer les tentations numériques

Désactivez les notifications professionnelles sur votre téléphone ou retirez temporairement certaines applications si nécessaire.

5. Préparer votre retour

Réservez du temps dans votre agenda après les vacances pour traiter progressivement les sujets accumulés plutôt que de chercher à tout gérer pendant votre absence.

La performance durable passe par le repos

Dans de nombreuses organisations, la disponibilité permanente est souvent valorisée. Pourtant, les données scientifiques montrent que cette approche atteint rapidement ses limites.

La récupération n’est pas un luxe réservé aux périodes creuses ou aux sportifs d’élite. Elle constitue une condition essentielle de la santé, de l’engagement et de la performance sur le long terme.

Pour les managers, la question n’est donc peut-être plus : « Dois-je répondre à quelques e-mails pendant mes vacances ? »

La véritable question est plutôt : « Quel est le coût réel de cette connexion permanente sur mon énergie, ma santé, ma capacité à manager et la culture que je crée autour de moi ? »

Les vacances représentent une opportunité rare de reconstituer pleinement ses ressources. Les préserver est un investissement qui bénéficie autant au manager qu’à son équipe et à son organisation.

Déconnecter n’est pas un signe de désengagement. C’est une démonstration de responsabilité envers sa propre performance, sa santé (!!!) et celle des autres.

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